Dirigés par notre instinct animal !

Gestes, regards et sourires, monogamie et infidélité, nos stratégies et habitudes amoureuses viennent du fond des âges. Mais elles ne sont plus forcément adaptées à la réalité d’aujourd’hui. Entre nos idéaux et nos instincts, un divorce s’est créé!

D’abord elle sourit, hausse les sourcils et, les yeux écarquillés, plonge son regard dans celui du bel inconnu, puis détourne la tête, regarde ailleurs ou rit nerveusement le visage caché dans ses mains. Cela peut se passer à Paris ou Londre, Tokyo ou dans jungle amazonienne, c’est toujours, selon les spécialistes du comportement humain, une claire déclaration d’intérêt sexuel. Un scénario tellement généralisé, codifié, qu’inscrit dans nos gènes, il remonte probablement au début de l’humanité, et même plus loin encore dans le règne animal.

Et lui, direz-vous? Lui, regardez-le qui se renverse dans son fauteuil, les mains croisées derrière la tête, la poitrine en avant, bien en évidence. C’est sa manière d’annoncer qu’il est un mâle dominant, un partenaire potentiel dont la force devrait la séduire. Les gorilles y vont encore plus carrément et se servent de leur poitrine comme d’un tambour pour affirmer leurs droits territoriaux sur les femelles de la bande. Les paons gonflent leurs plumes et déploient une queue spectaculaire. Mais chez les humains, chez lui comme chez elle, c’est avant tout le regard qu’il faut surveiller!

 

POURQUOI TU ME REGARDES COMME CELA

Parce que c’est le langage de la proposition amoureuse par excellence: deux, trois secondes à se regarder dans le blanc des yeux avant de baisser les paupières et le tour est joué. Chacun sait à quoi s’en tenir, la déclaration vient d’être faite et si, de surcroît, les pupilles sont dilatées, c’est véritablement le coup de foudre. Au moins pour un soir!

 

Ce n’est pas par hasard que de nombreuses cultures ont, par « décence « , imposé le voile à leurs femmes et, même dans nos sociétés occidentales, on considérait il n’y a encore pas si longtemps qu’une jeune fille convenable devait garder les yeux baissés devant un étranger. Un regard fixe et direct oblige une réponse, l’approche ou la fuite, en situation de séduction comme d’agression. C’est une réaction ancrée dans la partie la plus ancienne de notre cerveau. Regardez votre chien dans les yeux et vous verrez que rapidement il va détourner la tête ou, au contraire, se mettre à aboyer.

couple échange de regard 

Quand ils se font la cour, les babouins, eux aussi, se contemplent avec délices. Une anthropologue, en voyage de recherches au Kenya, a déjà dit d’une telle scène que c’était comme  » observer deux néophytes en train de se draguer dans un bar « , rapporte Helen E. Fisher dans son livre Histoire naturelle de l’amour.

 

PARADES AMOUREUSES

Avant le regard déclencheur, il a fallu, bien sûr, attirer l’attention: les hommes roulent des épaules, les femmes marchent en se déhanchant, largement aidées en cela par l’invention des hauts talons. Les deux exagèrent leurs gestes, utilisent par exemple non pas un simple mouvement de la main pour allumer leur cigarette mais le bras tout entier, puis éteignent l’allumette en la secouant avec une énergie démesurée.

 

Une fois attirée l’attention du futur partenaire, une fois échangé le premier regard significatif, intervient le moment le plus étonnant de cette parade amoureuse. Homme et femme se mettent à synchroniser leurs mouvements en une sorte de mimétisme inconscient. S’il se croise les jambes, elle en fait autant, si elle se penche vers la gauche, il s’incline dans la même direction, si l’un d’entre eux se passe la main dans les cheveux, l’autre ne tarde pas à l’imiter.

 

Véritable danse, les yeux dans les yeux, depuis longtemps apprise, puisque c’est de cette manière que le nouveau-né et sa mère tissent leurs premiers liens. On comprend d’autant mieux maintenant l’intérêt des jeunes pour le bal du samedi soir ou la boîte disco! Intérêt qui tend à se refroidir, surtout chez les hommes, après deux ou trois ans de cohabitation. Enfin, dernière technique éprouvée, chez les humains comme les animaux, on nourrit l’objet de sa flamme. On l’invite au restaurant, si l’on est un homme, on lui offre un morceau délicat, fruit ou plante, si l’on est un singe. Probablement depuis l’époque des dinosaures, c’est la manière la plus simple pour un mâle de signaler sa capacité de nourrir la femelle qui portera ses petits.

 

LA POITRINE OU LA CUISSE

Tous les goûts sont dans la nature et varient considérablement d’une culture à l’autre, d’un individu à l’autre. Durant l’histoire de l’humanité, à peu près tout et n’importe quoi a eu son moment de gloire en tête de liste des attributs sexys. Les poitrines généreuses et les pieds minuscules, les rondeurs débordantes et le look musclé, l’uniforme, le complet cravate ou le jean collé sur les fesses. Il existe cependant deux ou trois choses qui font l’unanimité sur cette planète.

 

Partout, hommes et femmes sont attirés par un beau teint, une peau nette, sans boutons ni meurtrissures, et s’attendent à ce que leur partenaire respecte les niveaux de propreté établis par leur culture. Et, de façon générale, les hommes préfèrent leurs femmes pas trop minces, avec les hanches larges. Quels qu’en soient les critères du moment, la beauté physique compte et compte beaucoup. L’argent aussi!


poitrine ou cuisse 

En bref, l’homme recherche une partenaire sexy et en bonne santé, la femme un homme solide, assez riche et puissant pour la faire vivre confortablement, elle et ses enfants. Ce n’est pas par hasard. Bien au contraire, génétiquement parlant, il est à l’avantage des mâles de trouver une femelle capable de se reproduire sans problèmes. Comme il est important pour une femme de trouver l’homme qui pourra la nourrir et la protéger tant que ses enfants seront petits.

 

Bien sûr, les choses ont changé, surtout en Occident. Mais ce n’est pas parce qu’un vieux réflexe a perdu de son utilité qu’il cesse pour cela de fonctionner. Ce n’est pas en 30 ou 40 ans qu’on risque d’éteindre un million d’années ou plus d’instincts génétiques qui ont assuré la survie de l’espèce.

 

L’UNION FAIT LA FORCE

Eh oui, le coup de foudre existe et là aussi pour une bonne raison. Il est important pour la survie des humains, comme des animaux, que mâles et femelles, dans un monde rempli de dangers, ne perdent pas de temps à la saison des amours. L’idéal, c’est qu’ils se plaisent, se regardent dans les yeux, tournent un peu l’un autour de l’autre… et se mettent rapidement à assurer leur descendance. Malheureusement, cet attrait irrésistible et magique ne dure pas éternellement. On en évalue généralement la durée entre 18 mois et 3 ans. Après la routine s’installe, on parle de tendresse, d’amitié, d’intérêts communs mais plus de passion amoureuse. Biologiquement parlant, la nature ne nous aide pas à rester fidèles.

 

Ce qui explique que, historiquement, l’immense majorité des sociétés humaines ( 84 %) a autorisé la polygamie et la formation de harems. Les hommes y trouvaient la possibilité de reproduire leurs gènes en plus grand nombre, les femmes l’assurance d’une protection matérielle à long terme pour elles comme pour leurs enfants, une fois éteint le premier attrait sexuel. Hommes et femmes, en fait, recherchent plus ou moins consciemment la même réussite génétique, soit peupler la terre d’un maximum de descendants qui atteindront eux-mêmes l’âge de se reproduire.

 

Les hommes parient sur la quantité, les femmes sur la qualité de vie qui protégera leurs bébés d’une mort précoce. C’est qu’elles ne peuvent espérer amener à maturité qu’une douzaine d’enfants leur vie durant, alors que leurs partenaires pourraient théoriquement en engendrer douze par semaine. C’est là sinon l’excuse, du moins l’explication de la légendaire tendance à l’infidélité de nos compagnons.

 

Cependant, même largement autorisée, la polygamie a toujours été rarement pratiquée (5 à 10% d’une population) et réservée aux puissants de ce monde. Contrairement aux chevaux ou aux gorilles, les humains fonctionnent de préférence par couple et sont pour la majorité monogames. Avec quelquefois plusieurs partenaires successifs, mais la plupart du temps un seul à la fois. À l’exception de quelques adultères occasionnels!

 

LE PARADOXE OCCIDENTAL

Nous n’arrêtons pas de parler d’amour, de le chanter, de l’écrire ou de le filmer. Pourtant, en Europe et en France en particulier, 50 % des mariages actuels finiront par un divorce. Un record pratiquement mondial.

 

La vérité, c’est que nous sommes piégés, piégés par de très vieux instincts qui ne correspondent plus à la réalité que nous vivons. Nous ne faisons plus d’enfants ou très peu et c’était là le meilleur ciment des couples qui nous ont précédés. On hésite à divorcer quand on a quatre ou cinq petits. Ne parlons pas des familles de 12!


En outre, devenues pour la plupart financièrement indépendantes, ce sont les femmes qui désormais, à 70 %, prennent l’initiative de la séparation, quelque chose d’inconcevable il y a seulement 30 ou 40 ans.

 

Veut, veut pas, un couple avec peu ou pas d’enfants, où les deux partenaires disposent de revenus égaux ou presque, est un couple fragile. La nécessité ne les lie plus, seulement l’amour. C’est comme cela!

 

Pour que nos passions amoureuses dépassent la limite biologique des trois ans, pour que nos unions durent, il va nous falloir désormais batailler fort et découvrir dans la vie à deux des avantages, des plaisirs et des besoins, qui n’étaient pas prévus à l’aube de l’humanité, quand s’est redressé pour la première fois le singe nu qui allait s’appeler un homme.

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